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Le Prix Nobel d’économie, Richard Thaler : une interview pour Atlantico

J’ai répondu à une demande d’interview pour Atlantico.fr sur le nouveau prix Nobel d’économie Richard Thaller et l’économie comportementale.

Voici un extrait, l’article complet est sur andlil : Richard Thaler

Richard Thaler

L’économie comportementale est l’étude de l’influence des émotions et des facteurs personnels propres à chaque individu dans la prise de décisions économiques. Il s’agit d’une remise en cause des anciens modèles qui percevaient la prise de décision comme un comportement rationnel (recherche du gain avant tout).

En effet, cette nouvelle approche inclut la part psychologique et le cadrage dans les comportements afin de démontrer la nature irrationnelle, subjective et variable des comportements, même dans un domaine aussi sérieux que l’économie. Notons que Daniel Kahneman a reçu en 2002 le prix Nobel d’économie pour ses travaux pionniers dans ce domaine, Richard H. Thaler a poursuivi en faisant entrer avec plus de force la psychologie dans le champ économique.

Ces travaux sont importants pour comprendre l’orientation des marchés financiers car ceux-ci ne sont pas « rationnels » même si cela nous rassure de le croire. Ils sont au contraire excessifs en tout, à la hausse comme à la baisse, car la psychologie collective et les biais cognitifs affectent considérablement les intervenants. J’achète parce que mon voisin achète (une voiture, une maison, une action…). L’influence groupale est au cœur même des marchés financiers.

Il existe des dizaines de biais cognitifs qui influencent nos prises de décision. (CF: la Liste des principaux biais cognitifs). Citons en quelques-uns qui peuvent influencer notre vie d’agent économique ou bien les marchés financiers.

Le biais cognitif appelé l’effet IKEA est la tendance naturelle que nous avons à augmenter la valeur d’un bien que nous avons assemblé nous-mêmes. L’enseigne du même nom profite pleinement de ce biais. Ses produits une fois montés, sont survalorisés proportionnellement à la difficulté de l’acheteur de monter les meubles…

L’effet de dotation est notre tendance naturelle à surestimer nos propres biens. Cela a un impact sur le marché immobilier lors de la vente d’une maison de famille par exemple. L’acheteur vend le bien matériel, mais aussi les affects et les souvenirs qui sont liés, alors que l’acheteur ne voit que le bien en lui-même, dépollué des émotions. Cela explique notamment le fait que beaucoup de vendeurs n’arrivent pas à descendre le prix et surestiment grandement leur « produit » qu’ils mettent sur le marché immobilier.

Il est indispensable de bien connaître les biais cognitifs pour percevoir ceux qui nous influencent le plus dans nos prises de décision afin d’en limiter les effets et de tenter de prendre des décisions logiques et rationnelles. 

L’économie comportementale remet effectivement en cause toutes les théories économiques basées sur le fait que l’individu serait un agent économique rationnel et qu’il prend les meilleures décisions possibles avec les informations qu’il a en sa possession. L’efficience des marchés, la théorie d’Eugène Fama développée dans les 1950 1960, est donc en première ligne des critiques. Pour l’économie comportementale, l’être humain prend avant tout ses décisions en fonction de ses biais cognitifs tout en s’illusionnant sur sa propre rationnalité.

Par exemple, est-il rationnel au début du XXIe siècle, dans un monde qui va demander de plus en plus de mobilité professionnelle, de s’endetter 30 ans pour acquérir un pavillon de banlieue en zone périurbaine ? N’est-ce pas se condamner en cas de perte d’emploi à avoir de grandes difficultés à trouver un nouvel emploi en réduisant considérablement ses possibilités géographiques de recherches ? L’achat immobilier dans ce cas résulte plus d’un biais cognitif d’identification sociale, la volonté de devenir propriétaire très ancrée chez les Français, que d’une rationalité économique absolue.

Il est parfois plus avantageux financièrement de rester locataire que de devenir propriétaire. Malgré les démonstrations comptables, par identification et par pression sociale des parents et des amis, l’achat immobilier, qui est l’achat le plus important généralement dans la vie d’un français, est profondément parasité par nos différents biais cognitifs.

L’être humain ne serait donc pas un robot rationnel dans ses choix économiques, mais un humain profondément influencé par sa psychologie personnelle et par son environnement collectif. L’économie comportementale a donc le mérite de remettre l’homme et ses contradictions au cœur de la prise de décision économique. Elle lui redonne son humanité dans le processus de décisions avec ses forces et ses faiblesses, ses splendeurs et ses misères. Non, nous ne sommes pas des robots rationnels, mais nous essayons de faire au mieux avec notre humanité.

Interview donnée au site Atlantico.fr le 9 octobre 2017

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La bourse et la patience

J’ai écrit un article intitulé pourquoi est-il dangereux de trader lors d’un jour férié américain ? sur mon blog Andlil. J’ai rédigé cet article suite à la question d’un membre du forum bourse sur Andlil qui me demandait pourquoi je ne tradais pas le 3 et le 4 juillet ? Au paasage, si vous voulez suivre les articles que je publie sur Andlil, vous pouvez surveiller ma file Twitter dédiée à Andlil. Autre alternative pour ceux qui n’ont pas twitter, Netguide : andlil ou directement sur Andlil.com

Au-delà de ma réponse, cela m’a fait songer à l’importance de la patience bourse. En y réfléchissant, mes plus grosses pertes ont toujours été créées par l’impatience. C’est impatience vient de la peur archaïque de manquer. Je pense que profondément dans nos gènes nous sommes encore des hommes préhistoriques angoissés par le manque. Ce n’est que très récemment que la majorité de la population terrestre peut se loger, boire et manger de manière régulière. Tous nos ancêtres, de la Préhistoire à l’Antiquité, de l’Antiquité au Moyen Âge, du Moyen Âge au temps moderne, étaient dans le manque, la crainte, la peur du lendemain.

la patience en bourse
la patience en bourse

Je retrouve cette crainte de manquer chez de nombreux trader qui vont trader tous les jours ouvrables en bourse alors que certains jours, on sait que c’est plus risqué qu’un autre (discours de la BCE, jours fériés aux États-Unis d’Amérique…). Mais il y a cette peur archaïque terrée au fond de nous qui nous pousse encore et encore à trader. La peur du manque vraiment une pulsion à comprendre, à identifier et à contrôler lorsque l’on fait une activité aussi exigeante que le trading. J’ai longtemps pensé que les gens tradaient tous les jours par peur que leurs voisins gagnent plus qu’eux, une forme de jalousie enfantine. En fait, c’est beaucoup plus profond que cela, ils ont peur de manquer. Je retrouve cette peur du manque même chez des gens extrêmement fortunés qui sont à l’abri du besoin pour plusieurs générations. C’est là que l’on se rend compte que c’est vraiment un sentiment archaïque plus fort que la raison.

Pour la première fois depuis des années, je n’ai pas tradé le 3 et le 4 juillet. Cela a été dur, j’ai réussi à surmonter cela. Mes peurs archaïques sont bien entendues toujours présentes, je les ai sentis à l’œuvre majestueux pour cette année les surmonter. On verra bien l’année prochaine…